Laâyoune à l’heure de l’agriculture biosaline

Boucraâ (province de Laâyoune)- Des décideurs, chercheurs et spécialistes venus des quatre coins du monde se sont réunis, vendredi au centre d’accueil de Phosboucraâ dans la commune de Boucraâ, pour le premier Forum international de Laâyoune sur l’agriculture biosaline.

Initié par la Fondation Phosboucraâ, l’Université Mohammed VI Polytechnique et le Centre international pour l’agriculture biosaline (ICBA), établi à Dubaï (Émirats arabes unis), cet événement scientifique phare de deux jours constitue une plateforme pour échanger et présenter des solutions en gestion des ressources hydriques dans les régions désertiques, notamment l’utilisation de l’eau saumâtre de différentes origines.

Il s’agit essentiellement de montrer l’intérêt de l’interdisciplinarité dans ce domaine, de mettre en exergue l’interaction entre les résultats de la recherche, leur transfert aux agriculteurs et les politiques de soutien à des actions de développement ad hoc et de partager les expériences internationales en la matière.

L’objectif est donc de discuter des enjeux essentiels « liés à l’adaptation des certaines cultures au milieu salin et leur contribution à l’amélioration de la production alimentaire et fourragère dans les zones arides », a indiqué Hajbouha Zoubeir, présidente de la Fondation Phosboucraa, qui s’exprimait lors de l’ouverture de ce Forum, tenu sous le thème « La gestion durable de l’utilisation de l’eau saumâtre dans les régions désertiques ».

« L’organisation d’une telle manifestation n’est pas fortuite, puisqu’elle vient consacrer une coopération scientifique de quatre ans entre notre Fondation, l’Université Mohammed VI Polytechnique, l’Institut national agronomique et ICBA dans le domaine de l’agriculture en milieu salin au niveau du périmètre de Foum El Oued » (province de Laâyoune), a-t-elle fait observer.

Pour Mme Zoubeir, les résultats obtenus à ce périmètre sont une illustration éloquente de cette coopération réussie qui a donné espoir aux agriculteurs quant à l’exploitation durable de leur périmètre malgré les contraintes de salinité.

Les travaux de terrain ont porté sur l’introduction de 19 cultures qui ont fait l’objet d’expérimentation sur le périmètre de Foum El Oued.

« Les cultures ayant fait l’objet d’expérimentation à Foum El Oued sont essentiellement l’orge, la sesbania, le Blue panicum, triticale, et le quinoa. Ces cultures, quand elles sont accompagnées de pratiques agronomiques adaptées, enregistrent des rendements importants et s’avèrent économiquement rentables », a expliqué de son côté Ismahane El Ouafi, directrice générale de l’ICBA.

La recherche sur les cultures adaptées aux eaux salées à fait des avancées notoires dans le monde, sachant que des essais d’introduction de variétés culturales résistantes aux conditions de salinité d’eau ou du sol se sont avérés concluants, a souligné Mme El Ouafi, relevant que le cas du périmètre Foum El Oued « est une illustration éloquente de ce succès ».

Parmi les cultures phares qui vont changer le profil de production du périmètre Foum El Oued, il y a le Blue panicum, une graminée fourragère riche en protéine, le Sesbania qui est une plante légumineuse aussi fourragère, et le quinoa, qui produit une graine alimentaire avec un rendement de grain élevés atteignant des moyennes de 3 tonnes par hectare avec une qualité et une taille des graines très bonnes.

Pour la Fondation Phosboucraâ, l’investissement de quatre années s’est déjà transformé en actions concrètes, notamment l’introduction à grande échelle de la culture du Blue Panicum et le lancement d’un projet de valorisation, source de revenu pour 30 femmes de la commune de Foum El Oued.

En intégrant le Quinoa comme sixième composante au couscous local au cinq céréales, le Khoumassi, est né un nouveau produit du terroir, le « couscous Soudassi », ce qui met en exergue l’intérêt et l’impact de la recherche quand celle-ci est mise au service du bien-être des communautés.

Par la tenue de cet événement, la Fondation Phosboucraa et ses partenaires « visent non seulement à apporter des réponses à la pression exercée sur la demande en eau d’irrigation dans les zones arides et notamment celles aggravées par le phénomène de salinisation comme à Foum El Oued, mais également à contribuer à la naissance de découvertes scientifiques capables de transformer des vies ».

Le Forum, dont l’ouverture s’est déroulée en présence notamment du wali de la région de Laâyoune-Sakia El Hamra, gouverneur de la province de Laâyoune, Abdeslam Bekrate, en plus de professionnels du secteur et de responsables locaux, se veut diversifié dans ses thèmes en particulier les politiques alimentaires, l’interaction entre les disciplines scientifiques, tels que la chimie des sols, les sciences végétales, la science de l’irrigation, l’agronomie, la technologie appliquée dans le domaine des plantes, et l’économie.